Alors content ? Oui, et c’est sans regret, on en avait marre. Content de voir leur tête aux Chirac et aux Seillière. On leur a donné une bonne claque à Raffarin comme à Hollande. On sent qu’ils ont peur du peuple… Et l’esprit critique monte. On sait qu’ils vont retomber sur leurs pattes, mais on a marqué un point. Et l’essentiel là, c’est la suite. Il y en a qui montent : Besancenot, Fabius, lui, on connaît : pas d’illusion ! C’est cela qu’on pouvait entendre dans les milieux populaires. Reprenons.
CONTENT ET SANS REGRET. « Ceux d’en bas » l’étaient et il y avait de quoi. Ça faisait combien d’années que le « peuple » ne s’était retrouvé dans une victoire ? Depuis 1995 ? Depuis 1981 ? Depuis 68 ? Qu’importe ! Le sentiment est à l’optimisme,on se redresse,on reprend confiance,on recommence à se dire qu’on peut faire bouger les choses. C’est ça la plus grande victoire,une victoire dans les têtes. En plus,ce n’était pas un vote pour tel ou tel « représentant » qui trahit le lendemain, c’était un vote direct,sur une orientation. « Ceux d’en haut » l’ont bien compris. A la télé,la radio,dans les journaux,ils ont vomi leur haine des « ignorants », les « imbéciles » qui n’ont rien compris au bienfait que l’Europe nous apporte. Serge July dans Libé nous a traité de tous les noms et d’autruches. Ils n’en pouvaient plus.
ON EN AVAIT MARRE.
La colère,le mécontentement se sont exprimés largement, et il a
été le prolongement des luttes sociales des dernières années. Une sorte de revanche de l’échec des luttes sociales depuis le début 2000.
Ce vote a aussi nettement marqué les clivages de classe : eux et nous. Un vote de
« classe » ? Un vote populaire, c’est certain : de
l’ouvrier au petit paysan en passant par l’employé, le technicien. C’était une fois de plus
le « Tous ensemble » de décembre 95. C’est
un vote mélangé de rancœur et d’espoir, de
volonté d’aller de l’avant, mais aussi de
crainte de l’avenir,voire même de retour en
arrière « au bon vieux temps ». Un vote subissant des influences pas toujours recommandables,celles du chauvinisme,du corporatisme étroit (ne voir que midi à sa porte),…
Alors, on peut lui faire dire beaucoup de
chose à ce vote Non : vote anti-libéral ? Anti-
capitaliste ? Pour une Europe sociale ? Gardons notre calme et notre esprit critique ;
regardons les choses dans leur globalité.
Les enquêtes d’opinion nous apprennent
parfois certaines choses bien utiles pour se
faire un bon jugement. Ainsi on y apprend
que chez les ouvriers et les petits employés
(qui constituent quand même 60 à 70% de
la population),la motivation profonde c’est
la crainte du chômage,de la précarité et du
Traité qui aggravera la situation ; c’est aussi
le « ras-le-bol de la situation actuelle « de tous
les problèmes qui s’accumulent. Les autres
motivations, comme le refus du caractère
« libéral » de la Constitution ou le rejet de l’entrée de la Turquie,viennent loin derrière…
L’ESPRIT CRITIQUE QUI REMONTE.
Les raisons du Non sont bien souvent au niveau
immédiat, au niveau du quotidien. Elles
sont ancrées dans la vie. C’est un constat,
pas un jugement.On revient de loin : 30
ans de désillusion,de trahison social-démocrate,de restructurations industrielles brisant les collectifs de lutte dans les entreprises,et une terrible avalanche anti-communiste… Mais depuis quelque temps les
choses s’inversent et les consciences se
réactivent,s’interrogent :le vote n’est plus
celui d’hier quand on votait PS contre la
droite ;ou même la droite contre la gauche
dite plurielle.Ou quand on s’abstenait, ce
qui était très fort dans les milieux ouvriers :
« tous pourris », la politique « me dégoûte ».
Au contraire,ce que l’on voit s’affirmer
d’année en année,c’est un ré-intérêt pour
la politique,une plus grande ouverture aux
discussions politiques. Ça s’est manifesté
avant le référendum, on a beaucoup discuté, même si on a beaucoup plus discuté
dans les couches « moyennes » qui avaient
jusqu’ici voté PS et qui se retrouvaient en
contradiction avec sa direction.Les débats
dans les milieux populaires ont parfois été
passionnés et impératifs (« un Non » sans
plus de discussion).
On ne s’y attendait pas toujours,parfois
on a sous-estimé l’ampleur du débat politique. On a opposé parfois la lutte immédiate,revendicative à la lutte politique pour
le Non. Et si le Non n’a rien changé : toujours des licenciements, du chômage, des
salaires en baisse, dans les têtes les choses
ont encore évolué, les consciences se forgent « qu’on ne peut plus continuer comme
ça ». De sorte que les communistes révolutionnaires sont encore moins à contre-courant,mais ils ont du pain sur la planche !
Il faut se rappeler que c’est la troisième
défaite pour le gouvernement de droite en
l’espace d’un an. Après sa complète déroute aux Régionales et aux Européennes de
2004, il s’agit d’une nouvelle illustration de
son irréversible impopularité. C’est aussi la
crise de la représentation politique et de la
démocratie bourgeoise qui est renforcée
par les résultats et la victoire du Non : les
forces, qui totalisent 86 % des sièges à
l’Assemblée Nationale sont minoritaires
dans le pays.Le pays « représenté » est loin
d’être le pays réel !
ET MAINTENANT ? ET APRÈS ?
C’est la vraie
question. Quelles sont les perspectives de
changements véritables ? On sait que c’est là
que le camp du Non diverge. Préparer les
prochaines élections pour mettre au pouvoir une alliance dite de gauche ?
Pour voir les mêmes (Fabius et Cie) ou de
nouveaux venus (Besancenot,…) gérer
« socialement » le capitalisme,peindre en rose
les feuilles de licenciement,endormir les chômeurs par des augmentations d’indemnités à
condition qu’ils acceptent des contrats précaires ? Non merci, on a déjà donné.
C’est pourquoi il faut rejeter les demandes
de « renégociation du projet de Constitution
européenne », comme vient de le faire
Marie-Georges Buffet.Ou encore la tenue
« d’états-généraux européens, une assemblée constituante pour écrire une nouvelle
constitution », évoquée par les organisations
de l’appel des 200. Deux perspectives
ouvrant la voie à Fabius qui a déjà cité les
articles du traité constitutionnel qu’il faudrait modifier pour le rendre acceptable.La
plupart des dirigeants du Non de gauche (y
compris la LCR) proposent une autre constitution.Une constitution élaborée « démocratiquement » qui cautionnerait la construction d’une Europe impérialiste. Parler
d’« Europe sociale », c’est comme parler d’un
utopique « capitalisme à visage humain ».
Une « nouvelle assemblée constituante » ne
pourrait être dans ces conditions qu’un
nouvel habillage de la concurrence et du
profit, cause de tant de licenciements, de
baisses de revenus et de précarité de vies.
C’est justement à cela qu’il faut s’attaquer,
l’État ayant montré une nouvelle fois son
vrai visage au service des monopoles capitalistes. On ne peut rien en attendre. Les
changements seront révolutionnaires ou ne
seront pas !
AU CONTRAIRE, IL NOUS FAUT AIDER LE MOUVEMENT NAISSANT À S’AFFIRMER ET À S’ORGANISER :
★★★ Dans les luttes sociales,sans lesquelles il n’y a pas de victoires ni d’acquis
sans rapport de forces. Et les besoins
urgents ne manquent pas :
FACE AU CHÔMAGE*. Travailler moins,pour
travailler tous.Pour les chômeurs un revenu
garanti au moins égal au salaire minimum.
FACE À LA PRÉCARITÉ*. Non à l’intérim et à
l’intermittence :embauche en fixe à durée
indéterminée.
FACE AUX RESTRUCTURATIONS* permanentes.Zéro licenciement,maintien des postes de
travail.
FACE À L’APPAUVRISSEMENT*. Pas de salai-
re en dessous de 1 200 euros ;pas de salai-
res ou autres rémunérations au-dessus de
3 000 euros ;travail égal,salaire égal pour
les femmes,les jeunes ou les immigrants.
RETRAITE*à 55 ans à taux plein.
SANTÉ* :
Gratuité totale des soins.
FEMMES* :
Des
revendications économiques,sociales et politiques visant à l’égalité avec les hommes.Là
aussi,l’objectif est de favoriser l’unité économique,politique et culturelle des travailleurs.
★★★ Dans les luttes politiques,sans lesquelles la question de la lutte pour le socialisme véritable et la question du pouvoir ne
sont pas posées.Lutte politique pour la :
DÉMOCRATIE*.
Défendre les droits des travailleurs,les développer dans le sens de l’égalité de tous (femmes-hommes, immigrés-
français, jeunes-vieux), tant dans le domaine politique qu’économique.
IMMIGRATION*.
Les immigrants font bien
souvent partie du prolétariat.Travailler à
son unité exige l’égalité complète en droits.
ÉCOLOGIE*.
« Verts parce que rouges ».Les
transformations de la nature doivent être au
service des êtres humains et non au service
de l’accumulation capitaliste.
POLITIQUE INTERNATIONALE*.
Contre l’Europe
en construction qui ne peut être qu’impérialiste,pour l’union entre les travailleurs d’Europe
et du monde entier.
C’est pourquoi nous devons développer,
à l’image de la réunion que nous avons lancée à Saint-Ouen dans le 93, des réunions internationalistes, pour construire la solidarité internationale contre l’Europe impérialiste.
★★★ Dans les luttes idéologiques sans
lesquelles la conscience des causes des difficultés et des forces pour s’y attaquer est
écrasée par l’idéologie, la culture dominante bourgeoise.
Toutes ces luttes sociales, politiques et
idéologiques ne peuvent être menées à bien
et couronnées de succès qu’en s’en donnant les moyens, qu’en construisant un
nouveau Parti communiste révolutionnaire.C’est pourquoi toutes les luttes aujourd’hui ne peuvent et ne doivent être envisagé que de ce point de vue : conscience et
organisation. Autrement dit, du point de
vue de la construction du Parti, du point de
vue de l’avenir !
C’est à cela que notre organisation communiste travaille, alors rejoignez-nous !
Construisons ensemble l’alternative communiste et révolutionnaire !
Gérard Lecœur
* Nous avons donné là des extraits de notre Manifeste :De la résistance à la contre-offensive. Pour en savoir plus, demandez-le à notre boîte postale pour 2euros.