
Le 19 octobre dernier, le collectif des travailleurs sans-papiers de Vitry investit avec une centaine de personnes le centre des impôts. La police expulse les occupants vers 22h00. Pendant plusieurs jours, un rendez-vous réunit les sans-papiers de la ville et alentour. Des blocages des portes du centre ont lieu. Finalement la situation se stabilise sous la forme d’un piquet permanent, jour et nuit, devant le centre. L’occupation cible symboliquement le racket et l’hypocrisie de l’Etat comme l’explique l’extrait de tract ci-dessous diffusé début décembre. Mais elle a aussi révélé des divergences avec la CGT, comme l’explique Ch, un militant VP-Partisan investi dans le collectif.Sans papiers
Interview
Partisan : Cette occupation
est différente des occupations CGT démarrées le
12 octobre. Pourquoi avoir
choisi un centre des impôts ?
Lorsque commence le mouvement d’occupation, la direction du collectif décide de
tenir une assemblée générale et propose l’alternative suivante : soit rejoindre les piquets
CGT, soit mener nous-mêmes une occupation sur Vitry. Malgré le risque d’isolement,
l’AG se décide sur cette deuxième option.
Nous avons ensuite dû choisir un lieu symbolique de l’exploitation des sans-papiers.
Comme il n’y avait pas d’entreprise, à proximité, salariant plusieurs membres du collectif, nous avons ciblé l’hôtel des finances.
Comment la CGT a-t-elle perçu cette occupation ?
Notre premier contact a été avec
l’UL. Son représentant est venu ; il a expliqué
aux occupants que la CGT ne concevait la
lutte que dans le cadre de l’entreprise. Il a dit
qu’il préviendrait néanmoins les bases CGT
de la ville, puis il est parti. Il était resté 5
minutes. Pendant plusieurs semaines, il n’y
aura plus aucune relation.
Notre relation avec Montreuil va finir aussi
en queue de poisson. Quelques jours après
l’occupation, nous y sommes allés, à une petite délégation, pour assister avec les autres
délégués de site au compte-rendu des rencontres avec les ministères. Des militants nous
bloqueront l’entrée avec comme argument,
entre autres, qu’on n’occupait pas une entreprise ou un bâtiment patronal et qu’ils étaient
contre toute autre forme d’occupation.
Comment analyser ce refus ?
Il y a la volonté de mettre à l’écart les collectifs de ville.
Cette pratique s’exerce aussi contre la CSP
75 qui a eu beau remplir certaines manifs
CGT, comme la journée pour le travail
décent, le 7 octobre, jamais la parole ne lui
a été donnée. La CGT se bat pour être l’interlocuteur principal, voire le seul, face au
gouvernement. Cela veut dire court-circuiter les collectif de sans-papiers, les vider de
leurs membres. Et le terrain sur lequel la
CGT se sent fort, c’est l’entreprise. Un terrain
difficilement accessible pour des collectifs de
ville. Sa direction va donc défendre, jusqu’à
l’absurde, que la seule façon de lutter pour
des travailleurs, c’est de faire grève. C’est
faux, mais c’est en plus méconnaître toutes
les mobilisations qui ne peuvent simplement prendre le patron pour cible, comme
par exemple les luttes de mal-logés.
Est-ce que le refus de s’attaquer à l’Etat
n’est pas aussi le résultat de la ligne générale confédérale qui vise au partenariat avec
celui-ci ?
Tout à fait. La CGT veut être l’interlocuteur responsable que le gouvernement vient voir quand il a une soi-disant
réforme à mener. C’est la recherche de l’institutionnalisation. Il faut voir aussi que
c’est cohérent avec le financement de l’appareil, pour plus de la moitié alimenté par
l’Etat ou par les grandes entreprises. On ne
mord pas la main qui nourrit.
Est-ce qu’il s’agit aussi d’une divergence
avec les sans-papiers qui occupent des
entreprises ?Non bien sûr. On ne se sent pas
plus radicaux parce qu’on occupe un trottoir devant les Impôts. Simplement il faut
tenir les deux bouts de l’exploitation des
travailleurs sans-papiers : les patrons
exploiteurs d’un coté et, de l’autre, l’Etat qui
organise et qui en bénéficie.
D’ailleurs notre action est bien comprise
par les sans-papiers des piquets CGT.
Certains viennent nous voir et discutent.
Nous l’expliquons aussi par tract dans les
manifs sur Paris. Nous venons d’ailleurs
d’apprendre qu’une initiative comme la
nôtre a été menée par le Collectif des Alpes
Maritimes, construit par l’UD CGT 06. Nous verrons bien comment la direction à
Montreuil va se positionner et considérer
l’action de cette UD.