Dans le jeu politique actuel, le prolétariat en général et la classe ouvrière en particulier ne se reconnaissent dans le programme d’aucun parti. Ils constatent qu’ils ne sont rien, qu’une force d’appoint à une politique définie sans eux, c’est-à-dire contre eux par les partis ralliés à la logique capitaliste. Le prolétariat n’est rien sans un parti communiste révolutionnaire qui assure son indépendance politique face à la bourgeoisie et à son influence. Mais quelles relations entre le parti et la classe ouvrière ?
Il joua un rôle important dans la
révolte du prolétariat parisien en
juillet 1848 et pendant la Commune
de Paris (1871). Reconnaissons à
Blanqui le mérite d’avoir lutté sans
cesse et sans compromis pour la destruction
de l’Etat bourgeois, organe
de répression de la classe dominante
et pour construire l’organisation du
prolétariat.
Mais Blanqui estimait que seule
une avant-garde, « une minorité
agissante » pouvait être consciente
des intérêts véritables des ouvriers
et pas les ouvriers eux-mêmes.
Cette minorité devait comploter,
préparer l’insurrection contre l’Etat
bourgeois en entraînant la masse
des travailleurs révoltés par telle ou
telle mesure du gouvernement
sans que ceux-ci aient participé à
définir la stratégie de la révolution
et la tactique.
Il faut revenir sur cette conception
bourgeoise des relations entre parti et
classe qui influence encore le mouvement
ouvrier et pas qu’en France : le
prolétariat devrait remettre la force
de sa révolte entre les mains de « ceux
qui savent penser et diriger », ou qui
le prétendent comme les experts politiques
et syndicaux.
Blanqui oubliait la masse des prolétaires
en tant que force historique,
la seule qui puisse mettre fin au
capitalisme, en élevant son niveau
de conscience et d’organisation.
Lénine, lui, reprochait à Blanqui
d’avoir sous-estimé le rôle historique
du prolétariat et la prise en
compte de ses intérêts matériels
pour l’élévation de son niveau de
conscience.
Lénine et les bolcheviks ont combattu
les mencheviks qui voulaient
limiter la lutte de la classe ouvrière
aux revendications économiques et
qui réservaient aux membres du
parti l’élaboration de la politique.
Pour Lénine, les ouvriers devaient
être acteurs de leur émancipation,
pas des petits soldats au service
d’experts politiques plus ou moins
bourgeois et ambitieux. Leurs luttes
économiques devaient être transformées
en luttes politiques avec l’aide
du parti qui devait rassembler en
son sein les ouvriers les plus conscients,
l’avant-garde ouvrière.
Le parti communiste ne pouvait
être autre chose que l’éducateur
politique, l’organisateur du prolétariat,
élaborant et appliquant avec
lui son programme de révolution
sociale qu’il soumettait à l’avis du
plus grand nombre possible.
Est-ce un hasard si la première
révolution prolétarienne a eu lieu
en Russie, pays capitaliste mais
économiquement arriéré ?
Beaucoup de cadres bolcheviks,
dont Lénine, ont été forcés d’émigrer.
Pourtant l’organisation en
Russie autour d’un journal, les cercles
de propagande souvent animés
par d’anciens ouvriers ont permis
que la classe ouvrière, encore
jeune et peu nombreuse, sauf dans
quelques grands centres industriels,
fasse corps avec son parti.
Mais pour cela, il faut que les communistes
soient en contact étroit
avec la classe ouvrière et donc
aussi formés par elle dans la lutte
de classe.
C’était le cas de l’Union de lutte pour
la libération de la classe ouvrière de
Saint Pétersbourg animée par Lénine
et Plékhanov avant leur exil.
Un exemple : qu’il y ait dans une
entreprise des délégués syndicaux
et du personnel, l’institution syndicale
s’en contente. Peu importe si la
section syndicale ne se réunit pas,
pour débattre et décider comment
informer l’ensemble du personnel,
mobiliser et donner son point de
vue sur les propositions de la confédération.
Peu importe si un syndiqué
concentre sur son nom toutes
les responsabilités et heures de délégation
au détriment d’un travail collectif.
Faut-il s’étonner alors du scepticisme
des ouvriers par rapport aux organisations
syndicales ou politiques ? Avantgardes
autoproclamées, responsables
syndicaux « experts en négociation »,
mais en quoi cela fait-il avancer la
cause ?
Tous sont coupés de la masse des
travailleurs, n’apprennent rien
d’eux, de leur riche expérience et
les méprisent dans le fond. Ils justifient
la collaboration de classe qu’ils
pratiquent, par l’absence de réaction
radicale des travailleurs qu’ils
ont contribué à désorganiser.
L’Ocml-Voie prolétarienne aujourd’hui,
pour reconstruire un parti
communiste, s’efforce d’enquêter
sur la classe ouvrière, de construire
des cercles ouvriers, de
former tous ses membres et ses
sympathisants à écouter, dialoguer
pour se dégager de l’influence
bourgeoise, y compris dans les
questions d’organisation.
Nous sommes pour un parti d’avant-
garde de la classe ouvrière,
mais qui ne prétend pas tout savoir
ni jamais se tromper, qui ne se
substitue pas à la classe et sait
aussi se mettre à son école.
Le mouvement révolutionnaire
naîtra de la confrontation entre
communistes authentiques et
prolétaires contre le point de vue
blanquiste qui les oppose et les
cloisonne.
Le lien entre le prolétariat et le
parti révolutionnaire doit être
assez fort pour renverser la bourgeoisie.
Quelle force pourrait
transformer la société de fond en
comble et supprimer l’exploitation
? Le parti seul ? La minorité
agissante ?
« Il n’est pas de sauveur suprême,
ni dieu, ni César, ni tribun.
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes
! » dit l’Internationale.
Andrée Baumann