
Deux contributions pour revenir sur le vaste mouvement universitaire de ce printemps.
À Toulouse, ce mouvement est particulier
car il a été initié par les personnels
(enseignants ou non), ce qui, de fait, a
largement influencé ses formes d’organisations
et ses orientations politiques.
A Nantes, le blocus a été mis en place trop rapidement après 4 assemblées générales, fin janvier, très facilement grâce à la grève des cours des enseignants-chercheurs (EC). Le travail de conviction a commencé tardivement et a été abandonné très tôt. Après 4 semaines de blocus, les étudiants ont déserté les facs, leur lieu de socialisation, si bien que le mouvement a fini par tourner à vide.
Le mouvement des personnels
étaient dirigé par
le SNESUP-FSU (syndicat
majoritaire proche du
PS-PC) qui a mené une
lutte très corporatiste, ne voulant pas élargir
les revendications au delà du fameux
décret sur le statut des enseignants-chercheurs.
Néanmoins, dans certaines universités,
il s’est dégagé une fraction de
personnels combative, à l’exemple du
collectif POOLP (Personnels obstinément
opposés à la loi Pécresse) au Mirail. Par
ailleurs, les Biatoss [1] ont été méprisés et
oubliés du mouvement. Alors que ce sont
les plus précaires, ils sont relégués au
second plan car le plus souvent on parle
plus de l’enseignement que des conditions
d’étude et de travail.
Quelques semaines plus tard, il a été
rejoint par les étudiants à travers un mouvement
quasi spontané de colère général,
ce qui était original. En effet, d’habitude ce
sont les syndicats étudiants de lutte
(comme la FSE) qui initient une mobilisation
contre une réforme précise, là ils
étaient un peu à la remorque.
QU’EST-CE QUE REPRÉSENTE LA LRU ? POURQUOI
CE MOUVEMENT A-T-IL ÉTÉ SI LONG ?
La LRU
représente l’aboutissement d’un processus
qui vise à soumettre encore plus l’Université
au patronat, et aligner les facs françaises sur
les facs européennes. Ce qui a fait la durée
exceptionnelle de la mobilisation, c’est qu’elle
s’est inscrite dans un contexte particulier.
La crise et ses conséquences pour des
milliers de travailleurs (licenciements, chômage
partiel, etc) et les résistances (Guadeloupe,
luttes pour l’emploi, séquestrations
de patrons) ont été un accélérateur de la
révolte étudiante. Par exemple, pendant une
période, quasiment chaque journal télévisé
s’ouvrait sur les licenciements ou des séquestrations.
La Guadeloupe était donnée comme
exemple dans toutes les AG, montrant qu’une
grève générale organisée était possible et
pouvait même être victorieuse.
Le fait d’avoir le « soutien » d’une partie
du personnel et de certains pontes, comme
le président Molinié de la Sorbonne, a
aussi été un élément pour permettre de
s’inscrire dans la durée parce que, quoi
qu’on en dise, la « parole des profs » est très
écoutée. Cependant, il était difficile de faire
comprendre que les administrations sont
au service du gouvernement et que leur
« soutien » a les limites que leur impose
leurs fonctions.
Les erreurs tactiques du gouvernement
ont aussi permis cette durée : au plus fort de
la mobilisation, Pécresse faisait comme s’il
ne se passait rien et elle a attendu 4 mois
avant de négocier avec les syndicats étudiants
« représentatifs » (Unef [2], Uni…), alors
qu’elle aurait pu jouer plus vite la carte des
syndicats collabos qui appellent à la reprise
dès qu’ils ont des miettes.
Enfin, pour la première fois depuis qu’on
est à la fac, le blocage a tenu après les
vacances non seulement parce que les étudiants
ne voulaient pas lâcher sans avoir
gagné, mais aussi et surtout parce que la
question de la validation automatique du
semestre a été amenée en AG, et ça a coupé
cours au chantage au calendrier.
LES LIMITES.
La première limite de ce
mouvement est qu’on a peu abordé la question
de l’aide sociale (bourses, logements
sociaux, etc) qui est celle qui touche la classe
qu’on défend, c’est à dire les enfants d’ouvriers
(minoritaires mais néanmoins présents).
Les schémas de mobilisation ne sont
pas assez pensés en fonction de qui on veut
toucher. On a parfois l’impression qu’il y a
des schémas d’organisation de la mobilisation
qui sont pré-établis et qu’il faut toujours
respecter sans se demander à qui on
s’adresse, comment être plus efficaces, etc.
Le deuxième écueil de cette mobilisation
est aussi sur les revendications : les gens ne
critiquent pas le rôle de l’Université dans le
système capitaliste mais juste « l’entrée des
patrons dans les facs » comme s’ils n’y
étaient pas avant. De plus, il y a des illusions
sur le « service public » comme si
ceux qui gèrent l’Université « publique » et
ceux qui vont y faire rentrer des nouveaux
capitaux n’étaient pas les mêmes. Sur cette
question, nous sommes ultra-minoritaires.
Toute l’extrême gauche, de l’AL (6) au NPA
en passant par la CNT, en appelle à la
« défense du service public ».
En se positionnant par rapport aux réformes
du gouvernement, on rentre dans le
piège de défendre l’université d’avant, qui
était aussi celle des patrons. En partant du
discours de la bourgeoisie, on prend le
risque de glisser sur leur terrain alors qu’on
doit partir de nos besoins et exiger, par
exemple, la gratuité de l’éducation, l’augmentation
des bourses, des diplômes qui
garantissent des droits collectifs, etc.
Sympathisants VP
La réduction du nombre
de participants a même
renforcé l’individualisme
et le repli sur soi du
comité de lutte. La menace
des examens a permis de renverser un
blocus qui reposait sur un nombre réduit
d’étudiants.
• UN MOUVEMENT POLITIQUE
SANS PERSPECTIVE
Ce mouvement, même s’il était politique
par sa critique de la politique du gouvernement
ou de Sarko, a été complètement
déboussolé faute de perspectives politiques
concrètes de la part de la gauche
réformiste, de la part du NPA (1) ou même
de…VP-Partisan. Dans la pratique, le mouvement
n’a pas été capable de surmonter
la tactique de pourrissement du gouvernement
qui l’a mis face à ses insuffisances !
Les forces principales du mouvement
étudiant nantais sont comparables au
national.
LA SOCIAL-DÉMOCRATIE FREINE LA LUTTE.
La
force la plus importante socialement dans
le mouvement étudiant est la petite bourgeoisie
de gauche. Cette tendance est incarnée
par l’Unef, politiquement par le MJS [3]
et par l’aile droite du NPA. Ses militants
ont vite déserté le comité de lutte pour agir
de l’extérieur par la voie syndicale.
LE COURANT ACTIVISTE EST PEU COHÉRENT.
La seconde tendance qui exerce une
influence déterminante est la tendance
anarchiste-autonome. Avec un style de
lutte créatif et radical en apparence, ils
imposent un rythme d’actions très élevé,
peu concertées, qui épuisent, et qui ont
abouti à plusieurs ratages démobilisateurs.
Leur grosse implication dans le comité de
lutte, leur confère un rôle dirigeant surtout
par la voie du syndicat Sud-Etudiant [4]. Le
principe de la démocratie par la base est
souvent galvaudé par leur méthode très
spontanéiste et individualiste qui a rétréci le
nombre d’étudiants impliqué dans l’organisation
du mouvement à une « élite révolutionnaire-
libertaire ». La composition sociale
d’origine est également petite-bourgeoise,
mais aussi plus précaire. Syndicalement
cette tendance est incarnée par la CNT-FE [5], par Sud ; et politiquement par l’AL [6],
No Pasaran [7] et l’aile gauche du NPA.
• EMERGENCE D’UNE PRATIQUE
PROLÉTARIENNE À LA FAC !
Il n’est jamais facile de défendre un point
de vue prolétarien à la fac. D’une part, les
enfants issus de la classe ouvrière occupent
moins de 9% des effectifs étudiants. Et d’autre
part, ils n’échappent pas à l’idéologie
petite-bourgeoise du mérite, qui méprise
les ouvriers, les considérant comme des
mauvais élèves. Malgré tout, dans la lutte,
un groupe d’étudiants a émergé se démarquant
plus ou moins consciemment de
l’« activisme spontanéiste » et du réformisme
classique. Le point de rencontre privilégié
de ce groupe était la commission externe
du comité de lutte qui organisait l’extension
du mouvement, tournée essentiellement
vers les lycées et les entreprises.
DES REVENDICATIONS RÉVOLUTIONNAIRES ?
Les étudiants « prolétariens en pratique »,
eux, ne s’obstinent pas à vouloir imposer
des mots d’ordre « révolutionnaires », mais
ils cherchent des réponses aux problèmes
posés par les aléas de la lutte : comment
faire l’unité avec les TOS, avec les ouvriers
des boîtes en lutte ? Doit-on faire alliance
avec les EC, les enseignants de la maternelle
à l’université ? Ces derniers, malgré leurs
illusions réformistes (voir plus haut), portaient
dans leurs revendications une critique
subjective contre le gouvernement et une
critique objective contre la logique capitaliste
de restructuration de l’appareil éducatif.
• UNE PRATIQUE INSTINCTIVE
À CONSCIENTISER ET À ORGANISER
Lorsque les étudiants « prolétariens »
comprennent la nature bourgeoise de
l’Université, alors ils agissent avec plus de
discernement et de détermination. Cette
compréhension a des conséquences immédiates
: les étudiants les plus conscients ont
fait l’effort de prendre le temps de discuter
avec les personnels TOS et de leur donner
un coup de main pour le nettoyage des
locaux. Autre exemple, nous avons empêché
une opération de recrutement d’étudiants
par l’Armée de Terre sur le campus
pour protester contre ce type de débouchés
réactionnaires et contre les opérations en
Afghanistan et aux Antilles. Nous avons également
rejoint sur le piquet de grève les
ouvriers de l’usine Beghin-Say qui protestaient
contre les licenciements. Nous avons
distribué des tracts appelant à l’unité à la
base devant les hôpitaux et les boîtes qui
licencient. Sous la banderole « Unité populaire
contre les profiteur$ ! », nous avons
redistribué de la nourriture récupérée gratuitement
dans une superette, avec des
tracts, dans un quartier populaire de la ville.
Ce sont encore parmi eux que l’on retrouvait
les plus déterminés à contester le décalage
des cours et le maintien des examens,
compris comme une sanction discriminatoire
(envers les étudiants précaires et étrangers)
punissant tout le mouvement.
Conclusion : une Université populaire au
service de la révolution !
Un sympathisant étudiant-travailleur