
Ces six derniers mois sont riches en luttes déterminées face aux restructurations : séquestrations de cadres à Sony, occupation à Caterpillar, attaque de la sous-préfecture par les Conti, menaces de destruction de l’outil de production à Nortel et SKF, destruction de production chez Rancast, refonte de pièces les rendant inutilisables pour Renault et Peugeot.
La classe ouvrière ne se couche pas face
à la violence inouïe de restructurations
qui brisent leur vie de travailleurs et celle
de leurs familles.
Ces réactions collectives réaffirment le
rôle essentiel des producteurs dans l’économie
à une heure où l’on voudrait nous
faire croire que « le talent des traders » justifie
leurs rémunérations exorbitantes. Ces
actions sont souvent revendiquées comme
des actes indispensables de survie : l’obtention
d’une prime plus ou moins élevée,
seule compensation de la perte d’emploi,
en dépend. Aucune négociation à froid ne
permet d’en obtenir autant.
En même temps, les ouvriers de ces
entreprises jettent un pavé dans la mare
pour échapper à « la mort dans l’oubli ».
Pour avoir un article dans la presse,
pour que les médias parlent des fermetures
d’usines et des restructurations, il
faut en venir à menacer de faire sauter
la bonbonne de gaz ! Ce silence-là est
bien une forme de violence insidieuse,
il est légitime de se révolter aussi contre
lui.
Face à une stratégie syndicale de plus
en plus coordonnée dans une direction
de réformes concertées avec le patronat,
ces luttes font avancer puisqu’elles
manifestent au grand jour un désaccord
avec cette orientation : la CGT,
dont la direction confédérale se rapproche
de plus en plus de la CFDT, ne
parle plus que de « recentrage sur les
cœurs de métiers », de projets industriels
à négocier… Derrière quoi se
trouve un renoncement au maintien
de tous les emplois au moment même
où la confédé reproche aux salariés de
ne se battre que pour la prime !
Le message de ces luttes de résistance,
c’est aussi l’indispensable coordination
des boites en lutte, comme cela
s’était organisé autour des LU dans les
années 2000, ou encore la coordination
Daewoo-Métaleurop en 2003. Une
coordination que les centrales syndicales
ont tous les moyens d’organiser,
mais qu’elle ne mettent pas sur pied
malgré le slogan « tous ensemble » crié
en manif. Les ouvriers qui résistent
collectivement haut et fort, dénoncent
l’impasse de la stratégie « une boite,
une lutte ». Car, comme le déclare justement
Xavier Mathieu (voir blog
ouvalacgt ) « le syndicalisme, c’est de la
politique ».
Malgré des déclarations qui se veulent
rassurantes, face à une crise du taux
de profit qui va forcément engendrer de
nouvelles disparitions d’emplois, les
patrons et l’Etat se consultent avant tout
pour organiser la répression de ces
actions, en individualisant au maximum
la responsabilité des actes de rébellion :
plaintes en référé, mesures disciplinaires…
De même, le droit des entreprises
confirme son caractère bourgeois : les
UTI, sous-traitants de Continental, n’auraient
pas droit aux mêmes indemnités !
Mais la conscience de classe permet
de voir plus loin les enjeux de cette
résistance ouvrière coordonnée face à la
crise : les Conti n’ont pas baissé les bras
et manifestent leur solidarité aux luttes
en cours malgré la répression qui les a
touchés. Les ouvriers de l’automobile
qui se préparent à une rencontre internationale
en Allemagne avec le CITA
montrent aussi l’exemple.
En tant que militants communistes,
nous reconnaissons la pleine légitimité
des nouvelles formes de résistance
ouvrière, qui ne discréditent en rien les
syndicalistes qui les mènent, bien au
contraire. Certaines de ces luttes,
comme à Goodyear, vont même plus
loin, puisqu’elles sont offensives : refuser
les 4/8 parce que cela rend la vie
impossible, c’est un pion avancé dans
la direction d’une autre société où le
travail sera au service de l’être
humain, non du profit.
Nous prenons ces avancées comme
tremplin pour affirmer que le capitalisme
n’est pas immortel : la crise pose
ouvertement la nécessité d’un autre type
de société, où, fondamentalement, la
décision de ce qu’il est utile de produire,
comment, dans quelles conditions,
reviendra aux producteurs, non aux
détenteurs de capitaux protégés par un
appareil d’Etat à leur service.
Les enjeux sont d’envergure, seule
la lutte collective permettra de les
atteindre et de créer le rapport de forces
qui limitera la répression que les
voyous en cravate préparent dans
leurs états-majors.
Brigitte Clément