Expulsion des sans-papiers de la bourse du travail
Nous, militants CGTistes, nous sommes réunis en réponse à l’appel du blog ouvalacgt, 14 rue Baudelique à Paris XVIIIe, pour faire le point sur les contradictions internes qui ont éclaté au grand jour dans la CGT depuis l’évacuation de la Bourse du travail, le 24 juin dernier. (...) Convaincus que ce qui s’est passé à la Bourse est significatif de l’orientation mise en oeuvre par la direction de notre syndicat, en particulier par l’expérience directe de la trahison de la Confédé qu’ont vécue les camarades sans-papiers, nous rendons publiques les premières conclusions de notre débat :
1 Le véritable historique de
l’occupation de la Bourse par
la CSP-75 doit être connu :
Quand le mouvement a été lancé par la
CGT le 15 avril 2008, les délégués de la
CSP75 se sont rendus à l’UD de Paris où ils
ont été reçus le 17 avril par l’ex-secrétaire
général de l’UD et le secrétaire de l’UL de
Massy. Les sans papiers leur ont rappelé
leur attachement de longue date à l’UD de
Paris, le nombre de réunions faites en commun,
les manifestations où tous les collectifs
parisiens défilaient sous les banderoles de
l’UD CGT de Paris. Ils ont rappelé également
qu’ils étaient syndiqués à la CGT,
depuis plusieurs années pour certains d’entre
eux. Conscients de l’importance du mouvement
qui se déclenchait, ils ont demandé
à être y intégrés. On leur a répondu d’aller
eux-mêmes à la préfecture, mais en leur
précisant qu’il y avait déjà le compte de
dossiers convenus avec Hortefeux (1000) et
qu’on n’avait donc pas besoin d’eux. En un
mot, on les a envoyés balader… Quand ils se
sont aperçus que, le 20 ou le 21 avril,
Francine Blanche et Raymond Chauveau
étaient allés chez Hortefeux et s’étaient mis
d’accord sur ce dépôt unique de 1000 dossiers,
ils se sont sentis trahis. D’où l’occupation
de la Bourse.
Il devenait clair que l’objectif de la Confédé
n’était pas d’élargir le mouvement, alors
qu’elle l’avait fait miroiter et que toutes les
conditions étaient réunies… mais seulement
de médiatiser quelques exemples symboliques
et d’utiliser les sans-papiers en tête des
manifestations pour l’image. Comme disent
les sans-papiers, « ils ont fait de nous des hommes
sandwich ». La CGT a dépossédé les travailleurs
sans-papiers de leur lutte.
Clair aussi que les propositions de la CGT
ne concernaient pas les travailleurs sanspapiers
isolés : aucune perspective de lutte
collective ne leur était proposée, alors que
leur isolement ne leur permettait ni d’obtenir
le Cerfa par le patron, ni de faire grève.
L’ouverture de négociations directes avec
le ministère sur la régularisation selon les
critères Hortefeux dans le cadre de la politique
d’immigration choisie rendait inutile
pour la Confédération l’extension du mouvement
des sans-papiers à d’autres secteurs.
Voire, elle devenait nuisible pour sa
crédibilité de « syndicat responsable ».
Tout cela n’est-il pas en totale contradiction
avec les engagements du 48e Congrès
à défendre la régularisation globale de
tous les sans-papiers ?
2 Le choix de se désolidariser de fait des
sans-papiers, en les jetant brutalement
à la rue place de la République,
n’est donc pas une dérive de quelques
bureaucrates, mais bien une orientation qui
se trouve confirmée par d’autres actes de
capitulation de la direction CGT dans la dernière
période : absence de mobilisation
générale après les grandes journées d’action
de janvier et mars dernier ; absence de coordination
des secteurs en lutte, en particulier
dans l’automobile où les salariés sont touchés
de plein fouet par la crise : PSA,
Continental, sous traitants de Renault…
Absence de directives de lutte offrant des
perspectives aux milliers de licenciés
réduits à des gestes de désespoir pour attirer
l’attention des médias, et à réclamer
une prime de dédommagement alors que
leur avenir et celui de leur famille est barré.
La responsabilité de la Confédé est clairement
engagée, car seule la direction d’un
syndicat interprofessionnel dispose de tous
les réseaux et moyens d’impulser rapidement
et puissamment le mouvement d’ensemble
qui s’impose.
3 Par ce compte-rendu, nous invitons
tous nos camarades CGTistes à engager
au plus vite le débat à l’intérieur
de leur syndicat afin de construire ensemble
l’orientation de lutte de classe qui pourra
seule nous faire affronter la crise :
• Vis-à-vis des sans-papiers : la reconnaissance
de leur rôle dirigeant dans la conduite
des luttes pour la régularisation de tous.
Quelle légitimité ont des accords signés sans
la présence d’aucun représentant des sans-papiers
? Quelle justification peut avoir l’absence
d’impulsion de luttes pour défendre les
sans-papiers isolés et les intérimaires ? Quel
type d’avenir nous offre la restriction de la
défense de nos camarades sans-papiers à
l’application « réaliste » de critères Hortefeux
dont on voit bien aujourd’hui où ils mènent ?
• Vis-à-vis de l’ensemble des travailleurs
touchés par la crise, quelles perspectives offre
l’orientation actuelle de la Confédération qui
nous maintient isolés secteur par secteur, et
qui négocie à froid dans notre dos ?
Conscients de nos responsabilités de
solidarité ouvrière avec les sans-papiers,
nous appelons les syndicalistes à diffuser
largement ce texte et à apporter leur propre
contribution au débat.
L’appareil syndical n’appartient pas à
quelques professionnels de la négociation.
Il doit être aux mains de ceux qui en
feront l’outil des combats de classe de la
période.