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Grandeur et décadence de l'Etat national

 

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Dans notre n° 193, de mai 2005, un article posait la question : « Les états nationaux vont-ils disparaître  ? ». Question en résonance avec les débats actuels autour de la « mondialisation », de la Constitution européenne et de la construction d’un « État européen ». Revenons sur la question du point de vue de l’histoire du développement des États nationaux et des tendances qu’ils manifestent aujourd’hui. Alors, nous verrons en quoi la « mondialisation » actuelle les transforme et vers quoi elle peut les mener.


Né avec la division de la société en classes aux intérêts antagoniques, l’État devient l’instrument de pouvoir de la classe dominante. Il est l’expression de la nature irréconciliable des contradictions de classes. Pour cette raison il ne disparaîtra qu’au moment où,dans la société communiste, les classes et les contradictions de classes seront abolies.

- L’ÉTAT, INSTRUMENT DE LA CLASSE DOMINANTE.
Les critiques petits-bourgeois de la « mondialisation » nient cette réalité fondamentale. Ainsi les théoriciens « alter mondialistes » (Attac et compagnie) réclament « la main forte et visible de l’État » pour réguler le marché. C’est donner l’impression que l’État est un instrument de régulation neutre, planant au-dessus des classes, et non l’organe de pouvoir sans partage des monopoles sur toute la société. Lénine dira à ce sujet : « La lutte pour soustraire les masses laborieuses à l’influence de la bourgeoisie en général, et de la bourgeoisie impérialiste en particulier, est impossible sans une lutte contre les préjugés à l’égard de l’État … Que l’État soit l’organisme de domination d’une classe déterminée, qui ne peut pas être conciliée avec son antipode (avec la classe qui lui est opposée), c’est ce que la démocratie petite-bourgeoise ne peut jamais comprendre. »

- DU FÉODALISME AU CAPITALISME NATIONAL.
Pour le capitalisme, l’État national est la forme caractéristique d’organisation de la production et de la vie sociale. Lénine montre que : « Dans le monde entier, l’époque de la victoire définitive du capitalisme sur le féodalisme a été liée à des mouvements nationaux. Le fondement économique de ces mouvements, c’est que la victoire complète de la production marchande exige la conquête du marché intérieur par la bourgeoisie, le rassemblement au sein d’un même État des territoires dont la population parle la même langue, et l’élimination de tout obstacle de nature à entraver le développement de cette langue et sa consécration par une littérature…
La formation d’États nationaux, qui satisfont le mieux à ces exigences du capitalisme moderne, est donc une tendance propre à tout mouvement national. Les facteurs économiques les plus profonds y contribuent ; et, pour l’Europe occidentale,— plus encore  : pour le monde civilisé tout entier,— ce qui est typique,normal en période capitaliste, c’est donc l’État national. » [1]

- CONSTRUCTION ET DESTRUCTION DES BARRIÈRES NATIONALES.
Concernant l’État national, le capitalisme a engendré deux tendances divergentes qui se combattent du début à la fin : « Le capitalisme connaît au cours de son développement deux tendances historiques en ce qui concerne la question nationale. La première réside dans l’éveil de la vie nationale et des mouvements nationaux, la lutte contre toute oppression nationale, la création d’États nationaux.La seconde réside dans le développement et la multiplication de relations de toutes sortes entre les nations,dans la destruction des barrières nationales et la création de l’unité internationale du capital, de la vie économique en général, de la politique,de la science, etc.
Ces deux tendances constituent la loi universelle du capitalisme. La première domine au début de son développement, la seconde caractérise le capitalisme déjà mûr et qui va vers sa transformation en une société socialiste.  » [2]
C’est sur cette loi universelle que repose le triomphe irrésistible du capitalisme sur le féodalisme. La première tendance continue à produire son effet, à l’époque impérialiste, surtout dans les pays dominés qui agissent pour l’autodétermination nationale et contre l’oppression impérialiste.

- L’ÉTAT UN OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE.
La « mondialisation », est une caractéristique fondamentale du capitalisme à l’époque de l’impérialisme. Lénine dira que « dans les pays avancés,le capital a débordé le cadre des États nationaux et substitué le monopole à la concurrence, en créant toutes les prémisses objectives pour la réalisation du socialisme. » [3]
C’est pourquoi l’État national capitaliste est constamment remis en question par l’internationalisation de la production, Lénine a écrit à ce propos que : « Le cadre national bourgeois des États,qui avait fourni dans la première époque un point d’appui au développement des forces productives de l’humanité en train de se libérer du système féodal, est maintenant devenu, dans la troisième époque, un obstacle à l’essor ultérieur de ces mêmes forces. Naguère classe avancée et ascendante, la bourgeoisie est devenue une classe décadente, déclinante, moribonde, réactionnaire. » [4]

- VERS UNE « SOCIÉTÉ MONDIALE »...
L’État national sous sa forme actuelle entrave le déploiement des forces productives internationalisées par des frontières, des normes, des droits de douane, des impôts et des législations différents, par des langues et des modes de vie distincts. La production internationalisée tend à dépasser et abolir le cadre national trop étroit. Le magnat financier américain, George Soros, pronostique une « société mondiale ». « Pour stabiliser et réguler une économie mondiale authentique, nous avons besoin d’un système mondial de prises de décision. Il nous manque une nouvelle société pour soutenir notre nouvelle économie. Une société mondiale n’implique absolument pas un État mondial. Abolir l’existence des États n’est ni concevable, ni souhaitable. Mais dans la mesure où il existe des intérêts collectifs qui transcendent les frontières, la souveraineté des États devrait être subordonnée aux lois et aux institutions internationales.  » [5]

-  … SOUS L’HÉGÉMONIE IMPÉRIALISTE ? Soros décrit justement le processus en cours ; et il rassure sur le maintien des États nationaux tout en posant la question « d’une société mondiale » qui ne pourrait que se soumettre les États nationaux. Car, qui fera les « lois internationales » ? Qui déterminera « les intérêts collectifs qui transcendent les frontières  » ? À l’époque de l’impérialisme ce ne peut être que les puissances économiques et politiques dominantes qui en décident comme on peut le voir quotidiennement.
C’est pourquoi la « société mondiale » de Georges Soros n’est ni démocratique, ni égalitaire, elle ne peut être que la suprématie des grandes puissances impérialistes.Et il le dit très clairement en prenant la défense du Fond Monétaire International : « On a souvent reproché au FMI d’imposer trop de conditions et de trop s’immiscer dans les affaires intérieures des pays qui réclament son assistance… Je serais pour ma part de l’avis contraire… Loin de trop s’immiscer, ils (les programmes du FMI) ne l’ont pas fait suffisamment.  » Tout est dit sur l’hégémonie impérialiste !

- DES ÉTATS PLUS FORTS ET PLUS FAIBLES !
L’illusion réformiste selon laquelle l’État se trouverait au-dessus des classes et serait apte à réfréner le pouvoir des monopoles, devrait aujourd’hui se réaliser dans une « république mondiale » ! Et quand Soros voit dans le Conseil de sécurité,dominé par quelques grandes puissances, de l’ONU, l’autorité principalement responsable de la sauvegarde de la paix mondiale », il ne reste plus de la « république démocratique mondiale  » rien d’autre que l’hégémonie des États impérialistes les plus forts, USA en tête.L’État national particulier est dépossédé relativement de son pouvoir de régulation, de sa fonction sociale tout en conservant ces fonctions d’encadrement des classes dominées. Ainsi si les États nationaux sont les instruments de pouvoir de la classe dominante,cela ne se fait que vassalisés aux États impérialistes les plus puissants. Car les monopoles impérialistes tentent, au niveau mondial,de structurer,de codifier et de réguler le marché et la concurrence mondiale, soit par la création de structures internationales telles que la Banque Mondiale, le FMI, l’ONU, l’OMC,… ; soit encore au niveau d’un continent,comme le tentent les monopoles européens avec l’Union Européenne. Mais ce ne sont là que vaines tentatives. Car elles se heurtent à la terrible guerre économique que se mènent les monopoles internationaux pour la domination du marché mondial, qui reste l’objectif fondamental,quelque soit les alliances tissées.
SM

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