
FAUT-IL DÉFENDRE L’EMPLOI
« INDUSTRIEL » ?
Les restructurations
provoquent des
vagues de licenciements,
développent la précarité,
la misère à une échelle
inconnue depuis avantguerre.
Partout, dans les villes, grandes ou petites,
dans les métropoles ou les régions, des usines
ferment, des ouvrières et ouvriers sont envoyés
au chômage, c’est la détresse et le désespoir
quasi-total. Des familles sont brisées, des enfances
sont piétinées, des centaines de milliers
d’ouvriers sont réduits à néant par le talon de
fer du capital. Partout, c’est la colère, explosion
ou pas, c’est l’insupportable d’une société
où l’on voit les patrons et les ministres parader
à la télé, où Sarkozy se permet de se vanter
« aimer l’argent », où des millions d’euros
sont distribués à nos exploiteurs, alors qu’il
faut survivre avec 800 euros, voire le RMI.
Les restructurations (« la crise ») provoquent
également un bouleversement dans l’économie
mondiale. Il existe ce qu’on
appelle une « division internationale du travail
», avec une spécialisation. Dans le cadre
de cette « division internationale du travail »,
les restructurations se succèdent, accélérées
par la crise. D’où les délocalisations, les ventes
et rachats, les fermetures d’usines, voire la
disparition de pans entiers de l’industrie. Il
n’y a par exemple plus de fabricants de
machines-outils en France…
« Emploi industriel », cela renvoie alors à
« Economie nationale ». A une vision équilibrée
de l’économie, où chaque secteur se
développerait en fonction des besoins sur la
base de l’autosuffisance et de la réponse
aux besoins d’une société donnée.
« Emploi industriel », la force de cette
idée, développée aussi bien par les patrons
que par les syndicalistes, c’est la confusion
ainsi entretenue : « il faut développer
et encourager l’emploi industriel pour
conserver des emplois ouvriers ».
Sauf que :
• On oublie que les ouvriers sont exploités,
de plus en plus durement, dans le cadre de
l’industrie.
• On oublie que la société ne fonctionne
pas pour satisfaire les besoins de la majorité
mais pour produire du profit pour une
infime minorité.
• On oublie que les restructurations ne
sont pas le fait de patrons incompétents ou
de salopards, mais des nécessités absolues
dans la guerre économique mondiale, la
concurrence et le marché. Vaincre ou périr,
telle est la loi pour les capitalistes.
Réfléchissons alors sur « l’emploi industriel
» dans notre pays, puisqu’on nous y
invite.
C’est d’abord poser la question de
l’emploi ouvrier, de ce qu’il est et de ce
que nous ne voulons pas :
Un emploi posté qui détruit la vie familiale
? Des boulots à la con, répétitifs, devant la
machine, qui nous rendent abrutis en nous
vidant la cervelle ? Le travail de nuit, alors
que la nuit c’est fait pour dormir (ou plus si
affinité) ? Des boulots qui cassent le dos, qui
pourrissent les poumons, qui pulvérisent
les articulations, qui empoisonnent le sang
? Des loisirs entre le MP3, la télé réalité et
les courses à Leclerc ?
C’est ensuite poser la question de
quelle industrie, de quelle économie
nous avons besoin.
Construire une industrie métallurgique
autour de la bagnole ? Construire un modèle
énergétique autour du nucléaire, des
déchets actifs empilés pour des dizaines de
milliers d’années ? Construire une agroindustrie
polluante et trafiquée, ultraexportatrice
et destructrice des économies
du tiers-monde ? Construire une chimie qui
va produire AZF ? Construire une industrie
des télécommunications au seul service des
Bouygues et cie ?
Finalement, quels sont les besoins réels
de la majorité de la population, d’abord les
plus pauvres et les plus exploités ? Pourquoi
si peu de logements ? Pourquoi une santé
en berne ?
Si on ne voit pas plus loin que le bout de
son nez, on va dire d’énormes conneries…
Défendre l’emploi industriel ? Il faut se
poser la question en général, savoir pour
quel monde on veut se battre. Nous
voulons un autre monde. Si cette perspective
est encore lointaine, c’est sur ces bases
qu’aujourd’hui nous construisons notre
camp. Défendre les intérêts ouvriers
et rien d’autre ! Parce qu’en face de nous
c’est notre ennemi mortel, notre ennemi
historique, celui qu’un jour nous enverrons
à la poubelle de l’histoire.
LA PRÉTENDUE CRISE ACTUELLE.
Dans de
nombreux secteurs, on entend cette
réflexion. La crise ne serait qu’un excès dû
à des dérapages financiers, et si on revient
à une « saine » gestion industrielle, on règle
le problème.
C’est une illusion complète. La crise, elle
existe bel et bien. C’est le fruit naturel empoisonné
des règles du capital, de la contradiction
entre baisse tendancielle du taux de profit
(le capital est « moins rentable ») et hausse
de la composition organique du capital (il
faut de plus en plus de capitaux pour produire
un nouveau cycle de profit). Contradiction
qui pousse le capital à passer d’un secteur à
l’autre, d’une région à l’autre, de plus en plus
vite, à inventer des produits financiers virtuels
pour spéculer, et tant pis pour les loosers
le jour où ça s’effondre etc. La finance
et l’industrie sont intrinsèquement
liées depuis le début du XXe siècle, ils ne
peuvent fonctionner l’un sans l’autre. Toutes
les industries ont leurs fonctions bancaires,
leurs paradis offshore, leurs partenaires
financiers. Toutes les banques ne peuvent
exister qu’en tondant la laine sur la peau des
industriels (en fait des ouvriers… mais ça on
le dit pas).
Ou nous construisons notre camp, notre
organisation de classe, notre parti et nous
repartons à l’offensive, ou nous servirons une
nouvelle fois de chair à canon dans la guerre
économique. Désolé, ça sert à rien de se
lamenter, c’est la baïonnette qu’il faut mettre
au canon, et partir à l’assaut !
NON AUX LICENCIEMENTS BOURSIERS.
Une
telle formule laisse entendre quelque part
qu’il y aurait d’un côté les licenciements
boursiers, inacceptables, et les « autres »
licenciements, pas boursiers donc, qu’on
pourrait accepter de discuter.
Il n’y a aucun, absolument aucun
licenciement justifiable. C’est tout.
Le bourgeois, le capitaliste, le patron veulent
licencier pour la productivité et la rentabilité
du capital. Nous ne voulons pas car
nous défendons notre peau. C’est la guerre,
deux logiques, deux mondes, deux camps.
Un rapport de forces.
DROIT POUR LE CE DE SUSPENDRE LA DÉCISION
DE LICENCIEMENT AFIN DE SE DONNER LE TEMPS
D’EXAMINER TOUTES LES SOLUTIONS ALTERNATIVES
AVEC LA DIRECTION, LA PUISSANCE PUBLIQUE
ET D’ÉVENTUELS REPRENEURS.
C’est la position
de la Confédération CGT. Questions : Et s’il
n’y a pas de solution alternative ? Et si la boîte
est coulée par un concurrent plus performant
? Et s’il n’y a pas de repreneur ? Et comment
le CE il ferait mieux que le capital en
général, meilleur gestionnaire peut-être ?
Revendiquer des « droits supplémentaires
» pour le CE n’apporte rien que de la
confusion. C’est imaginer que les bureaucrates
syndicaux, les experts en tous genres
vont savoir trouver la recette magique
pour une solution dans le cadre du marché
capitaliste.
Non, le CE ne peut rien faire, n’a
aucun pouvoir, et tous ceux qui affirment
le contraire sont des menteurs. Tout au plus
peut-il multiplier les procédures pour entrave,
non information, pour gagner du temps et
favoriser la mobilisation. Cela peut être utile,
mais sans illusion.
Mais la procédure gagnante, c’est la lutte
des classes, la mobilisation ouvrière, la
détermination et la lutte jusqu’au bout. Voilà
l’efficacité, voilà un combat certes difficile,
certes sans illusion, mais à la fois plus lucide
et plus efficace car on ne se laisse pas balader
dans des impasses !
INTERDICTION DES LICENCIEMENTS.
Mot d’ordre
développé par Lutte Ouvrière, le NPA, le
POI (ex-PT) qui en fait même une campagne.
C’est un mot d’ordre à double face :
D’un côté, il a un intérêt, car il met en
avant la question politique face à une exigence
vitale. Oui, l’emploi, l’industrie, les
licenciements, c’est une question politique,
de choix de société, qui engage la vie de centaines
de milliers d’ouvriers. Et exiger l’interdiction
des licenciements, c’est poser la
question de cette manière, mettre le gouvernement
au pied du mur.
D’un autre côté, c’est un souci, parce
qu’un tel mot d’ordre laisse croire qu’une loi
pourrait à elle seule régler la question du
capitalisme, escamoter d’un seul coup toutes
les règles objectives, la guerre économique,
le marché, etc. Laisse croire que
l’Etat pourrait se mettre en contradiction
avec le Capital. Cela aussi c’est une illusion,
et grave.
En résumé, plus d’illusions que de compréhensions.
Aussi nous ne l’avançons pas, et préférons
le mot d’ordre avancé depuis des années
par les secteurs les plus radicaux, « Aucun
licenciement », ou « Zéro licenciement ! »
DES INVESTISSEMENTS POUR PRÉSERVER LES
EMPLOIS.
C’est ce qui est avancé à Ford
Blanquefort, ou à Goodyear Amiens. Là
encore, un mot d’ordre à double face.
D’une part, il est évident qu’un capitaliste
qui envisage de fermer, ou de délocaliser,
cesse d’investir. Logique : inutile de dépenser
quand on sait qu’on va arrêter.
Cela dit, l’envers de la médaille, c’est de
laisser croire qu’un capitalisme « bien
géré » préserve les emplois. Que s’il y a
investissement, c’est l’avenir assuré. C’est
absolument faux. On ne compte plus les
exemples d’entreprises ou d’ateliers qui ferment
avec des machines neuves encore
emballées, ou alors qu’elles viennent de
moderniser toute une production. Pour une
bonne et simple raison : le capitalisme est
aveugle sur l’avenir, et fonctionne sur un pari,
un coup de poker permanent.
La bataille des investissements peut être
menée par les syndicalistes de classe, mais
en étant particulièrement clairs : c’est au
fond la bataille de l’emploi qui est en jeu et
nous n’avons aucune illusion à avoir sur le
fonctionnement du capitalisme. Les risques
de dérapages sont très rapides !