En décembre dernier, le gouvernement malien a approuvé des baux à long terme permettant à des investisseurs extérieurs d’exploiter plus de 160 000 hectares de terres cultivables. Les paysans redoutent les conséquences : « La façon dont le gouvernement distribue par parcelles la terre de l’Office du Niger nous inquiète. Cela signifie la fin des petits producteurs, nous n’aurons plus de terres arables et nous serons obligés de travailler pour des producteurs de l’industrie agricole » (interview de l’IRIN, integrated regional information networks).
Partisan a demandé à un camarade malien travaillant en France son opinion sur ces ventes de terres aux entreprises à capitaux libyens. Voici ses réponses.
Au Mali, la terre n’est pas propriété privée mais propriété d’Etat. L’Etat met la terre à disposition des cultivateurs locaux, mais dès qu’un placement financier rentable se présente, l’agriculteur se voit dépossédé de la parcelle qu’il cultivait, sans recours. En contrepartie, on lui proposera une terre moins rentable plus loin.
Les cultivateurs sur de petites surfaces, de 2 à 3 hectares, ne sont pas retenus comme candidats à la modernisation par acquisition de tracteurs, non rentable à cette échelle. Mais l’Etat n’a aucune initiative pour les inciter à se regrouper en coopérative, ce qui rendrait la modernisation possible.
Les agriculteurs non seulement ne sont pas consultés sur les investissements étrangers, mais ils restent dans la plus grande ignorance sur la nature des contrats passés.
Certains investisseurs fonciers doivent construire des systèmes d’irrigation et en assurer la maintenance, payer des frais de location allant jusqu’à 12 dollars par hectare et par an, ainsi que les frais annuels de consommation de l’eau. Mais dans de nombreux contrats, le point qui reste flou est de savoir quelle proportion de la récolte restera dans le pays.
C’est ainsi que la production de riz pour l’exportation sur des terres acquises par des capitaux libyens a finalement contribué à renchérir le prix du kilo de riz local pour les consommateurs maliens.
Que devient le petit paysan malien ? Finalement, il sera contraint de travailler sur une terre de propriété libyenne, sous un encadrement libyen, et de payer plus cher le riz pour sa famille.
Ainsi augmentent à la fois la production alimentaire et la pénurie pour une population locale appauvrie et dépendante.
Quelles réactions ? Il faudrait que les petits agriculteurs se coordonnent, s’informent, structurent des réseaux et des syndicats, afin de défendre leurs droits. On en est loin pour le moment.
DOSSIER : Prolétaires des villes et des campagnes : unissons-nous ! (Partisan 238)